L'outillage lithique poli

Plan topographique L’outillage lithique poli de Kallamas constitue l’un des intérêts majeurs du site et justifierait, à lui seul, que l’on en poursuive l’exploration. Outre son abondance inhabituelle, qui suggère une production dépassant largement les besoins de la communauté, il se signale surtout par le grand nombre de pièces représentatives des étapes successives de la chaîne opératoire, depuis l’extraction du bloc de matière première jusqu’à la mise au rebut de l’outil, voire son recyclage.

 

Plusieurs dizaines de blocs d’extraction d’ébauches, des milliers d’éclats de taille, des dizaines d’ébauches, des centaines de lames polies, ainsi que de nombreux outils susceptibles d’être intervenus dans la chaîne opératoire de fabrication des lames polies (percuteurs, bouchardes, polissoirs et autres outils polyvalents) ont été recueillis lors des fouilles et de ramassages de surface. Mais seul un échantillonnage de cette production a jusqu’à présent pu être étudié.

L’étude montre que cet outillage se compose presque exclusivement de lames de diverses formes (haches, herminettes, haches-marteaux, ciseaux) fabriquées, en grande majorité, dans des roches magmatiques alcalines du groupe des syénites, de couleur verte, caractérisées comme exogènes, donc importées sur le site. Une minorité de pièces est réalisée dans des roches variées, surtout métamorphiques (serpentinite, quartzite) mais aussi sédimentaires.

Les indices de fabrication des lames polies concernent surtout celles qui sont faites dans des roches du groupe des syénites. La chaîne opératoire principale comporte les étapes suivantes, chacune d’elles mettant en œuvre une technique particulière :

Éléments de la chaîne opératoire de la fabrication des herminettes dans des roches
du groupe des syénites a) Préparation du bloc d’extraction des supports : taille
b) Extraction des supports (blocs ou plaquettes) : sciage
c) Mise en forme des ébauches : taille et/ou bouchardage
d) Régularisation des surfaces des ébauches : bouchardage
e) Finition des lames : polissage

On peut cependant distinguer des chaînes opératoires plus ou moins différenciés selon le produit. Ainsi par exemple, le bouchardage est beaucoup plus largement utilisé pour la mise en forme des haches (de forme biconvexe) avant le polissage, que pour celle des herminettes, dont la face inférieure (plane) et les bords sont ceux du bloc/support, polis sans taille ni bouchardage préalables.

Les lames de ce groupe comprennent non seulement des ébauches et des lames achevées non encore utilisées, mais aussi des lames portant des traces d’utilisation. On peut donc parler d’une  consommation sur place d’une partie au moins des lames polies produites sur le site. Quant à leur diffusion, elle nécessite des études comparatives avec du matériel analogue provenant d’autres sites de la même aire chrono-culturelle, en commençant par ceux qui ont pu être approvisionnés par la voie lacustre. Les lames réalisées dans d’autres matériaux, pour lesquelles les indices de fabrication sont moins nets, sont aussi celles qui présentent le degré d’usure le plus élevé. Cela suggère soit une différenciation des tâches accomplies avec ces deux groupes des lames, soit une meilleure résistance des lames en roches magmatiques.

Les premières expérimentations visant à reconstituer les techniques de fabrication de ces lames polies ont été réalisées en 2011. Des tests de sciage, destinés à appréhender les mécanismes de cette opération, à évaluer l’investissement en temps et en énergie ainsi que le savoir-faire nécessaires, ont été réalisés à l’aide de différents matériaux disponibles sur le site : un éclat du même matériau (rapp. 2011 fig. 42 a), un éclat de quartz (fig. 42 b), du quartz broyé (fig. 42 c, d, e) et de l’argile sableuse (fig. 42 e), ces dernières matières abrasives, sous forme de poudre, étant véhiculées soit par une tige de bois tendre (fig. 42 d), soit par un éclat de la même roche que le bloc (fig. 42 e, f). Les expériences ont démontré l’efficacité des matériaux testés, notamment du quartz (sous forme d’éclat ou poudre), même s’il faut plus d’une heure pour réaliser une rainure de 2 mm de profondeur maximum. On a aussi constaté que la technique du sciage à l’aide d’un fil en matière végétale et de poudre abrasive, très souvent évoquée dans la bibliographie, est particulièrement délicate et requiert un savoir-faire particulier. Quelques premières tentatives de polissage ont aussi été effectuées, démontrant l’efficacité comparable de diverses roches abrasives présentes sur le site.